mercredi 10 mars 2010

Comme elle a grandit !

J’ai toujours détesté ce genre de phrase.

Prononcé par un adulte vieillissant à la vue trouble et légèrement aigri face à un enfant en pleine croissance dont les cellules n’ont pas encore entamé leur descente aux enfers.

Parce que derrière cette phrase suinte un sentiment de regret, d’affreuse lucidité et d’envie.
Comment ne pas être envieuse de cette nouvelle génération de jeunes filles : modeuses, grandes, belles et qui défient avec arrogance la gravité (celle de Newton et l’autre aussi)?

(Les garçons sont aussi concernés mais eux ont plus de chance de bien vieillir, ado ils sont gauches, boutonneux et à la voix déraillante !)

Alors on crée avec peu ou prou de culpabilité un monde en noir :

- pff la gravité les aura…

- pff le botox les tuera…

- pff l’ipod du monde les coupera…

- pff la console de jeu les abrutira…

- pff le chômage et la crise les déprimera…

- pff l’arrogance et l’insouciance des générations passées les anéantira…

Alors c’est peut-être vrai que c’est une génération sans espoir, qui vit avec un ultimatum écologique inéluctable, qui a perdu ses repères…

Mais la faute à qui ?

à la génération Baby Boom, celle de 68, la X, celle des adulescents ????

Ils sont la somme de nos erreurs et nous n’osons pas les regarder en face. Car nous savons qu’en eux se reflètent tous nos défauts.

Mais pourtant malgré nos erreurs passées, collectives ou personnelles il y a de l’espoir.
Après tout l’adage préféré des ados du monde ne dit il pas:
“ce qui ne te tue pas te rends plus fort…” ?

Avec tout ce qu’on leur balance dessus on est en train d’en faire une génération de Warrior !
Je pense sincèrement qu’il faudra leur faire confiance, qu’ils s’en sortiront. ça ne sera pas facile pour eux avec toutes les barrières que la société érige mais ils y arriveront.
Comme chaque génération a su surmonter ses propres démons et difficultés.

Alors quand j’observe ma fille de 13 ans qui est insolemment belle et intelligente (j’avais déjà dis dans un article précédent que j’étais un peu mère juive…), je me rappelle de la petite fille qu’elle était : son sourire, son parler bébé (que seule la mère peut comprendre), l’odeur si caractéristique de sa nuque de bébé, ses rires, ses pleurs…

Et je regarde à nouveau et je vois une ado déterminée, écolo dans l’âme, modeuse sans être victime, qui bosse bien à l’école, qui s’amuse avec ses amies mais va aussi courir avec elles pour l’ association No Finish Line (enfin marcher… parce que le sport et elle…)

et je vois toutes mes erreurs :

- les weekends sans elle à cause du boulot

- les soirs sans elle parce que je dansais en boîte de nuit

- les engueulades injustifiées

- ma séparation d’avec son père à 7 ans ( bon ça c’est pas une erreur mais la façon de procéder oui… en même temps y a t-il des bonnes façons de quitter qqu’un?)

- les promesses non tenues…

Mais je vois aussi mes réussites :

- les séances câlins

- les matins à sauter ensemble sur le lit et les batailles de polochon

- les heures à se casser la tête sur ses devoirs

- les surprises

- la séparation d’avec son père… (suis méchante là…)

- mon mariage avec l’homme de ma vie qui la considère comme sa fille

- ma compréhension… (18 ans d’écart ça aide)

Alors quand je la vois c’est sans aigreur, sans envie (bon un peu quand même par rapport à la gravité) et avec lucidité que j’observe la somme de mes erreurs et de mes réussites et que je dis:

“Comme elle a grandit !…”


Pour Maud



Article écrit il y a un an pour Ladies Room.
Et je confirme : elle a encore grandit. Même si la position constamment allongée - dite de la "larve ado"- ne nous aide pas à nous en rendre compte.


cosmopolitan
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